On aurait pu croire que lors des grandes crises, le Gouvernement serait là, prêt à affronter et anticiper tous les aléas,

On aurait pu croire à la formule « 1 jeune, 1 solution »,

On aurait pu croire qu’un Gouvernement se qualifiant lui-même de « progressiste » s’intéresserait un tant soit peu à la jeunesse de France,

On aurait pu croire que cette jeunesse serait protégée, écoutée et accompagnée.

On voudrait surtout espérer que lors des périodes de crises graves, les responsables politiques de l’exécutif seraient à même de répondre à l’urgence de la situation. On voudrait croire qu’il y a quelqu’un dans le gouvernail pour aiguiller la population et trouver des réponses à ses problématiques, immenses aujourd’hui.

« Les étudiants n’ont eu de cesse de proposer des solutions à la dure, brutale et facile fermeture des Universités. »

Il n’en est hélas rien. Légion ont pourtant été les interpellations, les interventions et autres apostrophes auprès de Madame la Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Face à cela ? Le mutisme. Ni plus ni moins. Les associations, les élus de tous bords, les représentants syndicaux et les premiers concernés – les étudiants eux-mêmes – n’ont eu de cesse de proposer des solutions à l’extrême précarité économique et sociale, des alternatives à la dure, brutale et – ajoutons-le – facile fermeture des Universités.

Pour tenter d’établir un argumentaire à la fermeture de ces établissements, Madame la Ministre a répondu par cette formule déconcertante et aberrante « Le problème c’est le brassage (…) l’étudiant qui prend un café à la pause, un bonbon qui traîne sur la table » (Questions au Gouvernement, mardi 12 janvier 2020). Quelle image infantilisante a-t-elle de notre jeunesse ! Les étudiants ne sont pas des irresponsables, des immatures inconscients de la situation dramatique dans laquelle se trouve notre pays.

« Les étudiants ne sont pas des irresponsables, des immatures inconscients de la situation dramatique dans laquelle se trouve notre pays. »

Les faits, pourtant, devraient susciter toute son attention : un étudiant sur cinq nourrit des pensées suicidaires, sept étudiants sur dix s’inquiètent pour leur santé mentale lorsqu’un tiers des étudiants présentent des signes de détresse psychologique. Derrière les chiffres, il y a des personnes. De jeunes gens noyés dans une détresse psychologique et financière, dans une solitude extrême. Ils attendent et espèrent des réponses à la hauteur de ce fléau. Ils attendent des responsables du Gouvernement une issue et des réponses à cette crise qui n’en finit plus de durer.

Car, il ne suffit plus de compter uniquement sur les associations pour gérer les conséquences de l’absence totale de solutions avec les faibles moyens dont elles disposent. Il faut bien le dire : de très nombreux jeunes se trouvent aujourd’hui au bord du gouffre sans alternative ni solution. Leurs moyens financiers se réduisent à peau de chagrin et beaucoup ne peuvent plus assumer leurs dépenses de premières nécessités. Des associations étudiantes, devant cette précarité toujours plus grande, se sont retroussées les manches pour organiser partout en France des collectes alimentaires. La politique de la débrouille et du colmatage est indigne de notre pays. Et pourtant, le Gouvernement, faute d’action s’en remet en réalité à la solidarité active des étudiants et de leurs représentants associatifs et syndicaux.

« Il faut bien le dire : de très nombreux jeunes se trouvent aujourd’hui au bord du gouffre sans alternative ni solution. »

Saluons également les élus qui se sont mobilisés pour répondre aux besoins nombreux de nos jeunes. Une nouvelle fois, on constate que là où l’Etat est défaillant, nos élus locaux, eux, trouvent des solutions concrètes et efficaces pour aider la population.

Toutefois, face à ce panorama préoccupant, aucune proposition n’a pour l’instant était établie pour :

  • Répondre à la précarité économique de nos jeunes étudiants
  • Répondre à leur détresse psychologique
  • Répondre à leur demande de reprise des cours

Des alternatives à la fermeture des Universités existent : distanciation sociale dans les amphithéâtres et dans les salles de Travaux Dirigés, alternance entre cours en présentiel et cours à distance, allègement des charges fiscales pour les entreprises qui embauchent de jeunes diplômés, développement des aides sociales et médicales pour lutter contre les maladies psychologiques, réouverture des bibliothèques universitaires et lieux de vie universitaires avec gestes barrières…

« Il est temps d’agir, de soutenir et d’entendre les étudiants qui souffrent dans la plus grande indifférence. La jeunesse n’est rien d’autre que l’avenir à prévoir et à permettre. »

On ne compte malheureusement plus les cas dramatiques d’étudiants ayant tenté de se suicider. On ne compte plus les témoignages inquiétants de ces jeunes dans la détresse. Le hashtag #etudiantsfantomes a été créé il y a quelques jours et relate ces situations de plus en plus préoccupantes et alarmantes.

Il est temps d’agir, de soutenir et d’entendre les étudiants qui souffrent dans la plus grande indifférence. La jeunesse n’est rien d’autre que l’avenir à prévoir et à permettre.

Alain RAMADIER
Député de la Seine-Saint-Denis