Le Gouvernement et la stratégie vaccinale

Le Gouvernement est d’une rapidité exemplaire. Il l’est lorsqu’il s’agit de confiner le peuple de France. Il l’est pour instaurer un couvre-feu à 18h sur l’ensemble du territoire.

Le Gouvernement est d’une efficacité sans nulle autre pareille. Il l’est pour instaurer des attestations de déplacements exceptionnels. Il l’est lorsqu’il s’agit de prendre des décisions, seul, en conseil de défense et des ministres, sans passer par la représentation nationale.

Le Gouvernement est d’une fermeté magistrale. Il l’est lorsqu’il s’agit de fermer les restaurants, les bars, les cinémas, les théâtres, les bibliothèques, les remontées mécaniques…

Pour le reste, le bilan est plus… contrasté. Un temps inefficaces, les masques sont devenus obligatoires sous peine d’une amende. Les restaurateurs, les commerçants, les artisans ont suivi et se sont pliés aux protocoles strictes : distanciations sociales, jauges maximales, gel hydro-alcoolique, nettoyage intensif, registre des coordonnées des clients… avant d’être fermés. Et certains, pour une durée indéterminée. La fermeture des frontières était jugée inutile avant d’être appliquée mais uniquement pour les pays hors Union-Européenne.

Cafouillage, impréparation, passivité.

Cafouillage, impréparation, passivité. Beaucoup pourraient songer que la critique est aisée, simple et petite. Le Président de la République a jugé qu’il y avait 66 millions de procureurs en France. L’opposition est « antipatriotique » selon Madame Olivia GREGOIRE, Secrétaire d’Etat. Le Ministre des Solidarités et de la Santé a déclaré il y a quelques jours devant les Parlementaires « Il y a ceux qui cherchent les problèmes, et ceux qui trouvent des solutions ! ». Souffrez donc Monsieur le Ministre qu’il y a surtout ceux qui ont des problèmes et nulle solution.

La vaccination n’a fait l’objet d’aucune préparation, d’aucune logistique, d’aucune mise en œuvre. La réalité, factuelle quant à elle, est la suivante : l’Allemagne a vacciné plus de 1,6 millions de personnes lorsque nous venons d’atteindre la barre du million. Bilan ? Nous sommes à la 38ème place mondiale en terme de proportion de la population vaccinée.

La vaccination n’a fait l’objet d’aucune préparation, d’aucune logistique, d’aucune mise en œuvre.

En Ile-de-France, seules 45 000 doses doivent être livrées chaque semaine alors qu’il y a 830 000 personnes de plus de 75 ans dans ce territoire. A ce rythme, si peu effréné, il nous faudra patienter 4 mois pour leur administrer la première dose seulement. En Seine-Saint-Denis, des centres de vaccination ne reçoivent que 50 doses journalières. Et, aucune dose n’est pour l’heure accessible aux personnes polypathologiques. Ce désolant constat ne s’arrête hélas pas ici : la deuxième injection est repoussée à une date évolutive et poreuse, variant au gré des annonces elles-mêmes démenties au fil des jours et des ministres. Quid par ailleurs de l’ensemble des personnels soignants ? Ils sont en première ligne et doivent être protégés, qu’importe leur âge, afin de nous protéger et de protéger les patients.

Evidemment, il nous faut être patients. Tout un chacun peut comprendre la difficulté avec laquelle nous devons composer. Je ne me résous toutefois pas à ce manque cruel d’organisation. Je ne peux admettre les cafouillages dans les prises de rendez-vous médicales pour se faire vacciner. Je ne conçois pas que les collectivités n’aient toujours pas le nombre de doses auxquelles elles avaient droit pour leur population. Je ne peux admettre et me résoudre à des prises de décisions confuses et alambiquées. A la gravité exceptionnelle de cette épidémie, il nous faut des décisions stratégiques fermes et implacables. Une feuille de route, un cap.

Car, par-delà la sécurité sanitaire à laquelle tous les français aspirent, il en va de la crédibilité de la parole politique publique. Il en va de la crédibilité de nos institutions, il en va en somme, de la démocratie.

Alain RAMADIER
Votre Député